conseil de lecture

Publié le 15 mai 2026 à 16:12

La Cerise, d'Alphonse Boudard.

 

"Pour vous mettre en condition ça commence en général par une avoine copieuse des képis qui se sont ramenés en force pour vous emporter. Ceux-là en définitive ne sont pas bien dangereux. Ils cognent en toute candeur, dès que c'est permis. Pas méchamment si on veut. Je pense, moi, qu'ils s'expriment de cette façon, à coups de pompes, de poings, gifles, glaviots, que c'est en quelque sorte leur Art. Le flic au passage à tabac se sent un peu Liszt à son piano. Poussin à sa palette, Gide à sa page blanche... S'insurger contre cet état de choses me semble un peu puéril, quoique normal de la part de celui qui dérouille, et le comble de l'hypocrisie de la part du bourgeois qui veut qu'on lui protège sa propriété. Les bourriques s'ennuient dans leur triste corps de garde, ne leur donnez pas l'occase de se divertir à vos dépens, de se venger sur votre viande de leur belle-doche acariâtre, de leurs fins de mois difficiles, de toutes les chansons de Brassens, tous les sarcasmes, les brocards des humoristes professionnels. « Devenir un coquin n'est pas commode. Il est moins malaisé d'être un honnête homme. » Je vous cite encore Jean Valjean, je peux pas dire mieux que lui. Alors la bastonnade en arrivant au commissariat fait partie du programme. Pas de quoi jouer les Christ aux outrages. Le mieux c'est de simuler le K.-O., l'évanouissement, brailler avant que ça vous fasse mal, parfois ça les décourage, parfois c'est le contraire. Y a un risque. C'est le lendemain, après la nuit au violon, que les choses vraiment sérieuses commencent. Il ne s'agit plus de perdre la boule. Tout va être mis en œuvre pour vous enfoncer. La moindre parole à la légère risque de vous mener à dache."

 

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