La baignoire de Carla
( fantaisie romanesque de Monsieur Bozo )
C’est une Carla comme vous ne l’avez sans doute jamais imaginée. Accro à sa baignoire, révolutionnaire dans l’âme, anticonformiste et lubrique. Elle rêve de mener une autre vie. Mais la rupture, c’est pas de la tarte.
La campagne électorale de 2012 fait rage. Pinocchio, grand lecteur de Machiavel, est directeur de communication à l’Élysée. C’est surréaliste. Mais comme on dit, la réalité dépasse souvent la fiction.
La baignoire en question est tout à fait ordinaire.
Quant à Bruno, le clochard, on se demande ce qu’il vient faire dans cette histoire. Peut-être est-il le double bohème de Carla ?
Monsieur Bozo est l’auteur putatif. Sale, petit et méchant, il a été placé à la D.A.S.S. à l’âge de six ans. Ses parents le battaient à coups de ceinture et lui faisait manger de la nourriture pour chien. Après un C.A.P. de coiffure et plusieurs expériences homosexuelles, il est parti pour le Groenland. Il y a vécu seul pendant dix ans, luttant contre les ours blancs, le froid et les hallucinations. Aujourd’hui, monsieur Bozo vend des frites aux Ch’tis dans sa baraque de Bousbecque. Amoureux de la littérature, il a lu toute la presse people pour écrire ce livre criant de vérité.
500 mots... pour voir.
Carla, c’est moi qui la connais le mieux. Je vis dans la salle de bain. J’assiste à ses toilettes. Elle se déshabille devant moi. — Notez bien: tout le monde a vu Carla nue. Mais personne ne l’a jamais entendu causer à ses seins. Elle leur confie ses secrets, comme l’héroïne de Belle du Seigneur.
Je prends des notes dans mes carnets. — Je lis dans ses pensées comme dans un livre ouvert.
Je suis solitaire, taciturne et immobile. Je porte un masque de cuir noir, avec un zip sur la bouche. Je couche dans une malle, encastrée sous l’évier. La femme de ménage passe tous les jours : elle ne me remarque même pas. Elle balaie, brosse, frotte et récure. Trois petits tours et puis s’en va...
Totoche, une tortue offerte par un émir du Bahrein, me tient compagnie. — Totoche me ressemble par le caractère. Nous nous entendons bien, c’est-à-dire que nous co-existons, ou si vous préférez, nous nous ignorons mutuellement.
Attention, ça bruisse derrière la porte ! Je vous expliquerais plus tard...
Les néons clignotent et m’éblouissent. — La voilà ! Belle, étincelante de paillettes : elle entre en direct-live !
Fichtre ! C’est un mauvais jour.
A la manière dont Carla plisse le front, je vois qu’elle est envahie de soucis. Son reflet dans le miroir n’attire pas son regard. Elle ouvre les robinets de la baignoire, déboutonne son chemisier, son jean, et les jette en boule sur les carreaux de marbre.
Qu’elle est belle, cette ondine blonde ! Qu’elle est charmante et gracieuse, cette Aphrodite botticellienne !
Maintenant Carla retire sa culotte et la jette sur la tête de Totoche pour lui donner de la distraction.
Carla verse des huiles essentielles.
Ouch ! — Lavande ! Ça va très mal ! — C’est le parfum des colères froides.
Faut dire qu’elle en bave... La campagne électorale approche. Les corvées la démoralisent.
Il y a trois semaines, elle ne voulait pas aller à New-York pour le dixième anniversaire du 11 septembre. Elle s’est enfermée avec Totoche et moi. Elle a fait couler un bain pamplemousse et plongé sa tête jusqu’aux oreilles.
L’autre gémissait derrière la porte :
« — Sois raisonnable... Carlita, tu m’entends ? Carlita ? — Rien qu’une semaine... On fera du shopping. Tu visiteras le MoMa... Ne me laisse pas tomber... Pas à un moment aussi crucial... »
Etc... etc...
Pendant une heure.
A la fin, elle avait la peau toute fripée et le teint d’un flamant rose. Il en était réduit à faire des promesses.
« — Pour qui me prends-tu ! ? qu’elle lui a répondu à travers la porte. Je ne suis pas une femme qu’on achète ! — Attends voir que je te plaque ! Je ne suis pas moins vaillante que Cécilia !
— Cécilia a été loyale... Elle a attendu que je sois élu, merde !
— Bravo ! Vivement le mois de mai ! — Après les élections, je me barre ! »
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