Constat

 

Existences théoriques ou hypothèses d'existence : cela ne vaut pas le fait de l'existence, le fait d'être en présence, le fait qui ne se prouve pas, dont le témoignage est insuffisant, et qui ne réclame que l'expérience, – le constat que l'on se porte à soi-même en secret.

Dominique se raconte sa vie.

Ce livre n'est ni un roman, ni un essai, ni un journal. Il ne prouve rien. Il témoigne à peine de ce qu'est la vie.

Corde ou serpent ?

 

 

 

 

 

 

 

 

500 mots... pour voir.

C’est comme ça. Il n’y a pas de raison. Peu importe. C’est le fait.

On jouit de petits bénéfices, de minces avantages, – très superficiels. L’incommensurabilité de sa présence, Dominique l’emploie à s’immuniser contre la connerie de son cerveau. Il s’en sert pour redresser sa manière de voir les autres. Vivre séparé dispense de participer à la course. On s’épargne le ressentiment de les voir réussir, s’enrichir, s’aimer, se battre, énoncer leurs opinions, ou voter. Cela ne le concerne plus. Cela se passe en marge de sa vie.

La vie des autres ne pollue plus la vie. La vie des autres n’a plus autant d’emprise. Du moins, c’est ce à quoi il travaille.

La mort te rend incommensurable.

Les milliardaires ont des palaces, des yachts, des femmes et du caviar. Tu as le chant de l’oiseau, le ciel, la voie lactée. Les artistes ont des œuvres, des admirateurs et la postérité. Tu as le souffle, le sang, la lumière. Les Sultans ont des harems, des esclaves et l’impunité. Tu as la mer, les montagnes, le vent, la nuit étoilée.

Anticipe sur ta mort prochaine et tu tiendras l’univers dans la paume de ta main, suspendu aux rayons de tes yeux, ton regard. – Qu’y a-t-il de mieux ? N’est-ce pas un terrifiant nec plus ultra ?

Ainsi Dominique se console et s’amuse. C’est en secret, en son for intérieur. Il s’adonne à ces gamineries. Il joue, en attendant. Il joue, faute de comprendre, et faute de savoir quoi faire.

 

 

Il se pourrait que tu sois un autre Dominique, – ce qu’il n’arrive pas à comprendre, – ça non plus. Tu serais incommensurable dans ton monde, hors d’atteinte : une monade inaccessible, plongée dans l’incompréhension de sa présence.

Quand deux mondes sont séparés et incommensura­bles, il n’y a que la fiction et la simulation qui puissent les relier. Il n’y a que le rêve de l’un qui puisse toucher le rêve de l’autre.

Dominique doute de lui-même. Il cherche des mots et des formules pour mettre son expérience au clair. Il veut tenter de se représenter la situation, sa présence. Produire un double, une image simple. Il essaye, mais les mots sont intrinsèquement inadaptés pour ce projet. Les mots, – qu’on les agence d’une manière ou d’une autre, – disent toujours le contraire. C’est comme un témoin qui clignerait de l’œil, au moment de jurer de dire toute la vérité. Les mots clament la solitude et si l’on tend l’oreille, on entend un murmure : « aidez-moi... »

C’est si calme dehors. Dans le jardin, il fait silence. Un vent très léger balance doucement les feuillages. Il sent l’inanité de ses réflexions. Le monde s’en fout. Ça ne compte pas. Tu as été posé ici par hasard. Il n’y a aucune raison à ta présence. Comme le cailloux jeté dans le lac, tu ne laisses nulle trace de ton passage. L’eau cicatrise à l’instant.

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