Par-dessus l'épaule d'un fou
Ce livre est recueil de notes, plus ou moins philosophiques, écrites entre 2014 et 2019.
L'auteur n'y comprend rien.
"Suis-je un âne, se demande-t-il ?"
500 mots... pour voir.
L’étrange tribulation en terre sauvage, – exil où les mots, comme une végétation exubérante, couvrent le chemin. Ce qu’on ne peut dire, il faut le taire. Alors silence. Car lundi on retrouvait le corps d’une fillette de deux ans, morte de soif aux pieds – suspendus dans le vide – de sa mère suicidée. L’appartement n’était pas fermé à clé. La petite abeille, contre la vitre transparente, n’a pas trouvé la sortie. Les obstacles transparents gouvernent nos destins.
Le fou cherche ses clés sous le lampadaire.
« – Est-ce ici que tu les as perdues ?
– Non.
– Mais alors, pourquoi perdre ton temps à les chercher ici ?
– Ailleurs, il n’y a pas de lumière. »
Ainsi le tragique kafkaïen de La porte de la Loi. Le gardien, au bout du compte, te révèle ingénument que la porte est faite pour toi, et qu’il n’a jamais été dit explicitement que tu ne pouvais pas entrer.
Tu attends et tu meurs.
Le père rentre de vacances, avec des cadeaux de Noël pour sa fille de deux ans. Elle est morte de soif. Quelle a été son expérience sous le cadavre pendu de sa mère ? – Une autre fois, au Canada, un garçonnet somnambule sort dans la rue. La porte de l’immeuble se referme derrière lui. Il meurt de froid dans la nuit de l’hiver. – Andersen, La petite fille aux allumettes. Et le tragique poignant qui fait monter les larmes.
Où se trouve le chemin, sous les ronces, les feuillages touffus des mots qui poussent ? – C’est là, sous mes yeux, et je ne le vois pas. Ainsi, l’arpenteur K passe-t-il à côté du salut.
Cela n’a aucun sens d’être là. Avec quelle facilité, je m’abandonne à l’absurde. Et je parle, je parle.
Hier, en prenant l’exemple du Retable d’Issenheim de Grünewald, comme je commentais le panneau de la sortie du tombeau. Cela venait tout seul, au fil de ma parole : une révélation discursive de l’émotion. – L’immobilité du Christ rayonnant dans son ascension. L’immobilité des soldats pétrifiés dans leur chute, par le sommeil ou la mort. Alors, tout paraît si présent et irréel. C’est l’impossibilité de la présence qui éclate sans un bruit, sans un geste. Et c’est l’éternité. Ineffable.
Que veux-tu dire qui ne soit ridicule ?
Tu butes. Tu te réveilles et tu dors, au cœur de cet éveil. – Car c’est une secousse et tu domestiques sans cesse ce monstre de présence qui surgit. Il faudrait se secouer. Mais pourquoi donc ? Être secoué !
Le fou cherche la clé perdue. Elle n’y est pas. Cherche toujours ! Il n’y a pas d’alternative à la recherche. Elle s’effectue à la Lumière. On en trouve au pied du lampadaire. L’alternative du lampadaire : c’est la nuit.
L’enfant vit un long deuil sans divertissement, deux ou trois jours, avant de sombrer dans la mort. – Calvaire auprès duquel la mort du Christ est peu de chose. Ainsi Ivan Karamazov objecte-t-il à la Création la souffrance des enfants. Schopenhauer. Le Silène.
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